Magny-Cours : stoppé par une chicane imprévue

Magny-Cours : stoppé par une chicane imprévue

Inutile de le nier, je vis une saison difficile. La passion, les chronos, les sensations ressenties sur la moto et votre soutien me servent de moteur. Je resterai sur la bonne trajectoire nonobstant les obstacles. 

Quinze jours après Le Mans, Magny-Cours. Un nouveau site lié à l’histoire des sports mécaniques. Le circuit nivernais a accueilli le Grand-Prix de France F1 18 fois de 1991 à 2008 ! Il a servi de piste d’essai à des teams tels que Ligier et Prost. Sans oublier au fil des années  les épreuves d’autres disciplines, GT, formules de promotion, production, véhicules historiques, V de V… 

Magny-Cours évoque en outre de grands souvenirs chez les motards. Le Bol d’Or, magnifique épreuve de 24 heures, s’y est déroulé pendant quinze ans. Parmi les vainqueurs français figurent entre autres Jean-Michel Bayle, Christian Lavieille, Gregory Leblanc… Le circuit demeure fidèle à la moto en accueillant les Coupes de France Promosport et le Championnat du monde de Superbike. 

Une piste intéressante au niveau du pilotage. Le tracé de 4,411 kilomètres offre des virages variés inspirés par les tracés de pistes mythiques. Les longues lignes droites autorisent des vitesses élevées. Le pilote prend beaucoup de plaisir. 

Une semaine et demie dans la Nièvre

Pour un Breton, Magny-Cours fait partie des circuits relativement éloignés. Plus de 500 kilomètres, entre 7 et 8 heures de route avec un camion en évitant les péages par mesure d’économie. Le circuit se situe à la campagne, près d’un petit village sympathique. Les villes les plus proches sont Nevers, Moulins et Bourges. 

Conforté par les bons chronos signés au Mans, je décide de mettre toutes les chances de mon côté. La course aura lieu le week-end des 4 et 5 août 2018. Je pars le vendredi 27 juillet. Cette fois, personne ne m’accompagne. Je vais gérer seul l’installation sur place, la logistique, la mécanique… Beaucoup de tâches à accomplir. J’assume. Je ne veux pas me plaindre et je suis extrêmement reconnaissant à tous ceux qui me soutiennent de m’aider à réaliser mon rêve. Je constate simplement que lorsque je dispose d’une assistance, je me concentre uniquement sur le pilotage, ce qui rend les séquences d’entrainement et de course plus confortables. Une fois installé, je me déplacerai le moins possible avec le camion et j’utiliserai de préférence un scooter lorsqu’il faudra sortir du circuit. 

J‘ai prévu de rouler le samedi et le dimanche (28 et 29 juillet) avec un moto-club suisse. Le premier jour, tout se passe bien. Que du bonheur sur la moto. Mon moral est au beau fixe, comme la météo. Il fait très chaud. Cela ne m’inquiète pas vraiment. Je travaille énormément ma condition physique et je sais que je ferai partie des concurrents les plus résistants si la canicule sévit encore le jour de la course. Je n’imagine pas que le sort me réserve des surprises désagréables. 

Coupé dans mon élan

Les premières alertes se produisent le dimanche sous forme de ratées. Elles vont bien perturber ma journée. Le lendemain, j’achète une batterie neuve. Je crois avoir éliminé les dysfonctionnements du moteur et je me concentre sur mon objectif, le week-end de course qui approche. 

Je saisis l’opportunité d’intégrer un groupe qui va tourner deux jours sur le circuit avec un coaching. Le nombre de participants ne permettra pas au moniteur de consacrer beaucoup de temps à chacun. J’y vois cependant la chance de bénéficier d’une analyse extérieure de ma manière d’aborder le tracé. A moi d’optimiser les minutes passées avec le coach. 

Le premier jour me satisfait. La moto tourne bien. Je me sens de plus en plus à l’aise. Je réalise des temps franchement encourageants. Je pense aborder la manche de Magny-Cours dans de bonnes conditions. 

Retour anticipé

Déception le jeudi. Je subis à nouveau des ratées et des coupures moteur. Ma formation de mécanicien moto et mon expérience dans le domaine m’ont appris qu’il s’agit typiquement du genre de panne difficile à résoudre. Je vais essayer d’y remédier en exploitant toutes les pistes logiques. Je suis déterminé à participer à la course et je réserve des séances d’essais libres. 

Je travaillerai quasiment toute la nuit sur la moto. Malheureusement, le problème recommence sur la piste. Toujours des ratées, des coupures et même un arrêt complet dans une ligne droite. Je me sens franchement découragé. Je ne pourrai pas réparer, ça devient évident. Je ne dois pas non plus prendre la piste pendant le meeting sans être certain que la moto va fonctionner correctement. D’abord par respect envers mes concurrents. Si mon moteur dysfonctionne ou s’arrête dans une ligne droite à 260 kilomètres/heure au moment où un autre pilote roule dans mon aspiration, la panne pourrait engendrer un accident grave. 

J’envisage toutes les solutions. Rentrer en Bretagne, essayer de réparer avec l’aide de mécaniciens puis repartir immédiatement dans la Nièvre en espérant arriver assez tôt pour les qualifications. Le timing semble impossible. Je prends la route du retour, dépité, assommé, comme un boxeur sonné. La compétition moto procure des joies immenses. Les déceptions se révèlent à la hauteur de l’intensité des bons moments. La tristesse et le sentiment d’injustice font mal. Je sais que vous êtes nombreux à me suivre sur les réseaux sociaux. Je poste un message annonçant que je ne pourrai pas participer à la course. Les réactions réconfortantes ne manqueront pas. Elles me font du bien. Je ne connaîtrai pas le traditionnel meeting des pilotes dans la salle Ayrton Senna cette année. Je roule vers l’ouest en  ménageant mon camion qui a l’âge de ses durites et de ses engrenages. Il m’aura causé quelques inquiétudes lui-aussi. 

Les perspectives des jours suivants se résumeront à la réparation de la moto. Trouver la panne avec l’assistance d’un spécialiste, sortir de ce labyrinthe. Il faudra deux jours de recherche au bout desquels je constaterai que l’adage « petites causes, grands effets » se vérifie. La source de mes ennuis, une cosse remplie de plastique fondu. Combien de gros teams de F1 ou d’endurance ont vu un week-end ruiné à cause d’une petite pièce étrangère à la technologie de pointe ? Cette fois, c’était mon tour. Le principal est d’avoir identifié le problème. 

C’est fait. Je me sens soulagé. Le rétro-planning démarre en vue du meeting d’Alès les 17, 18 et 19 août. Aller-retour express en Vendée où je récupère un nouveau faisceau électrique. Travail sur la moto afin de tout remonter et d’effectuer une réparation sur l’échappement. Préparation du départ dans le Gard que j‘ai programmé dès le samedi 11 août. Ma motivation reste intacte. Je suis affamé de grosses performances. La chicane imprévue m’aura ralentit pendant quelques jours, pas plus. Je mûris en surmontant les difficultés. 

Merci encore à mes partenaires et supporters. Je serai bientôt de retour avec de meilleures nouvelles. 

Baptiste Felgerolles

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